
Pour ceux que cela pourrait intéresser, voici un résumé personnel des journées d’étude sur le concept de la sorcière auxquelles j’ai assistées à l’Université en février 2026.
Sur l’évolution de la représentation de la sorcière, on va faire évoluer sa place dans l’imaginaire, en fonction du but que l’on cherche à servir en fait. Les premières représentations, plutôt mythiques, arrivent au Moyen-Age, sous la forme d’une vieille femme, souvent vilaine, avec un grand nez, une verrue, de vilaines dents. Elle est repoussante et elle fait de mauvais sorts, il faut s’en tenir éloigné.
Puis la sorcière devient démoniaque: elle couche et fait des pactes avec le diable, elle est source de tous les vices, elle se complet dans le mal. Elle est représentée nue, dans des scènes d’orgie, souvent accompagnée de Satan sous la forme d’un bouc. Là, la représentation est plutôt biblique, le bien contre le mal.
Enfin, la sorcière devient enchanteresse, érotique, une ensorcelleuse qui se sert de son pouvoir pour séduire les hommes qui, face à elle, se retrouvent faibles et sans volonté, sans autre choix que de lui obéir. Son regard hypnotise, elle est jeune, belle, voluptueuse, son pouvoir est sexuel.
Les représentations dans les livres, les films etc tournent toujours autours de ce genre de stéréotypes, qui ne correspondent en aucun aspect de la réalité. Car pour comprendre la sorcière, il faut comprendre l’Inquisition. A ce moment là, 2 types de femmes commencent à ne pas plaire à l’Eglise:
– les femmes qui accompagnent. Celles qui aident à donner la vie, celles qui accompagnent les morts ou qui connaissent les plantes. Des femmes qui ont accumulé tout un savoir au fil des genérations, quelles se sont transmises. Or, à un moment où commencent à se développer les fonctions officielles de médecin, elles font concurrence. D’autant plus qu’elles ont la confiance de la population. Leur savoir est un pouvoir qui fait peur.
– les femmes qui se sont retirées de la société, souvent dans la montagne ou dans les bois. Parce qu’elles ont décidé de vivre seules, d’échapper au mariage, de vivre leur sexualité pleinement, de pouvoir exercer un métier d’homme ou tout simplement d’être indépendantes, elles se sont tournées vers la nature pour y trouver refuge. Problème: l’Eglise n’a aucune prise sur elles, personne ne surveille ce qu’elles font.
Comment faire alors pour récupérer le contrôle sur ces femmes? Facile: on commence par les tourner en bouc émissaires. Si les récoltes ne sont pas bonnes, c’est de leur faute, elles ont dû attirer le mauvais oeil en agissant comme elles le font. Quand arrive l’Inquisition, dans certains villages, les habitants les attendent pour dénoncer certaines femmes et demander leurs arrestations, sur la base de témoignages aussi solides que “on m’a dit que” et “il paraitrait”. La suite, on la connait: des milliers de femmes torturées, brûlées, décapitées, pendues, partout en Europe, permettant la réalisation du but premier de l’Inquisition: arrêter la transmission.
La sorcière en elle-même n’existe pas vraiment, c’est plutôt un symbole de tout un ensemble de femmes, connectées au vivant, qui cherchaient à vivre en dehors du carcan des règles de l’époque. Dans sa forme actuelle, on peut citer l’écoféminisme, mais aussi toute cette vague de femmes (à qui, je suis sûre, on ne va pas tarder à trouver un surnom ridicule) qui refusent ou quittent l’entité du couple, ne souhaitent pas devenir mères et trouvent dans le célibat une forme de liberté étendue.
Pas d’inquisition à l’heure actuelle, vu que l’Eglise n’a plus la même main mise qu’elle avait à l’époque. Mais on peut s’inquiéter des montées actuelles de politiques très conservatrices, prêtes à revenir en arrière sur des droits que l’on pensaient acquis. Ne traitent-on pas parfois les féministes de sorcières? De même, la nouvelle mouvance masculiniste et leur injonction de “revenir à la cuisine” remet au goût du jour des concepts vieux comme le monde, qui sont à l’origine du mythe de la sorcière: le contrôle du corps et des libertés de la femme. Un éternel recommencement…


Leave a comment